Souricette Fondateur


 Age : 36 Inscrit le : 07 Fév 2006 Messages : 1283
| Sujet: Le pari de Pascal Mar 27 Nov - 19:25 | |
| | Citation: | — Examinons donc ce point, et disons : «Dieu est, ou il n'est pas.» Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n'y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison, vous ne pouvez défaire nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix; car vous n'en savez rien.
— Non; mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier.
— Oui, mais il faut parier; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir : l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter.
— Cela est admirable. Oui, il faut gager; mais je gage peut-être trop.
— Voyons. Puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez qu'à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager; mais s'il y en avait trois à gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer), et vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagner trois à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité de vie de bonheur. Et cela étant, quand il y aurait une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, vous auriez encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agiriez de mauvais sens, étant obligé à jouer, de refuser de jouer une vie contre trois à un jeu où d'une infinité de hasards il y en a un pour vous, s'il y avait une infinité de vie infiniment heureuse à gagner. Mais il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte, et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti : partout où est l'infini, et où il n'y a pas infinité de hasards de perte contre celui de gain, il n'y a point à balancer, il faut tout donner.
Pensées (1670), extrait du fragment 233 dans l'édition L. Brunschvicg |
_________________ Je chante clair pour qu'il fasse clair. (E. Rostand, Chantecler)
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Souricette Fondateur


 Age : 36 Inscrit le : 07 Fév 2006 Messages : 1283
| Sujet: Re: Le pari de Pascal Mer 28 Nov - 9:43 | |
| En résumé :
Si l'on fait le pari que Dieu existe, de deux choses l'une : ou bien il existe réellement, et vous avez gagné ; ou bien il n'existe pas, et après la mort vous retournez de toute façon au néant.
Si l'on fait le pari que Dieu n'existe pas, de deux choses l'une : ou bien il existe réellement, et vous avez perdu ; ou bien il n'existe pas, et après la mort vous retournez de toute façon au néant.
L'homme a donc tout intérêt, selon Pascal, à miser sur son existence et à vivre en fonction de cette croyance. _________________ Je chante clair pour qu'il fasse clair. (E. Rostand, Chantecler)
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LaDague Modérateur


Inscrit le : 11 Oct 2007 Messages : 449
| Sujet: Re: Le pari de Pascal Dim 6 Jan - 17:32 | |
| | C'est une philosophie de joueur ça. Quand même très réducteur. |
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