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Gagner plus, oui, mais à quel prix ?

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Souricette
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MessageSujet: Gagner plus, oui, mais à quel prix ?   Sam 17 Nov - 18:42

Convier chaque Français à « gagner plus » n'est pas sans danger

Faire de l'enrichissement un nouveau Graal pourrait augmenter le niveau de délinquance dans toutes les couches de la société.

En 2007, la France ne compte que 13 milliardaires sur son territoire selon le classement mondial établi par le magazine américain Forbes, contre 46 en Allemagne, 41 au Royaume-Uni, 50 en Russie, 47 en Chine et à Hongkong, 33 en Inde. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, semble donc avoir raison : nous n'avons pas assez de richissimes chez nous !

De plus, nos milliardaires sont aujourd'hui plutôt des gérontes (Pierre Bellon), des héritiers d'hommes d'affaires d'avant-guerre (Dassault), des « trente glorieuses » (Liliane Bettencourt, Martin et Olivier Bouygues) et des années Mitterrand (Arnault, Pinault, Decaux, Bolloré, Ladreit de Lacharrière).

Une nouvelle vague de perturbations des règles du jeu économique semble donc opportune. Dérégulation, relâchement des règles de contrôle de la concurrence, valse-hésitation comptable, distribution d'aides publiques, interventionnisme d'Etat, changement de politique fiscale ne manqueront pas de fournir l'occasion à quelques habiles hommes d'affaires de franchir en quelques années le pas qui conduit de fortunes comptées en millions à des fortunes comptées en milliards.

On pourrait voir, comme en Russie et en Pologne, apparaître de jeunes milliardaires en pagaille dans le triangle d'or Neuilly-Auteuil-Passy. Sans compter les fortunes exotiques qui pourraient venir se réfugier chez nous après quelques belles réussites dans le management des casinos, le trafic d'armes, le rachat d'entreprises par LBO [leveraged buy-out, effet de levier financier, ndlr] et autres activités hautement recommandables. Mais comment la population
interprétera-t-elle l'irruption de ces « nouveaux talents » ?

Guizot avait choisi le mot d'ordre « enrichissez-vous » pour assurer la prospérité économique de la France en 1847, M. Sarkozy espère obtenir le même résultat en 2007 et propose aux Français de « travailler plus pour gagner plus » et de devenir « tous propriétaires ». La politique de M.Guizot avait conduit tout droit à la révolution de 1848. La population française du XXIe siècle, vieillissante, saturée de biens de consommation et au fait des possibles dérives du socialisme réel, a peu de chance de produire une nouvelle révolution. Reste pourtant une question : comment va-t-elle réagir à l'injonction d'enrichissement ? En postulant la faible probabilité d'une révolte collective, à quelles autres formes de réactions peut-on s'attendre ?

Une des réponses possibles nous est suggérée par un des meilleurs sociologues américains, Robert K. Merton : « Lorsqu'une culture comporte une forte obligation de réussite économique, alors qu'il existe peu de moyens pour les personnes ordinaires de parvenir à cette fin, on observe une tendance à rechercher des voies de réussite nouvelles : comportements innovants pour les hommes d'affaires, déviance et crime pour ceux qui . n'ont pas accès aux moyens d'enrichissement légitime » (in Social Theory and Social Structure, 1968, Free Press, p. 157).

Le texte de M. Merton vaut ici comme une conjecture sur ce qui pourrait bien se passer en France. Le plébiscite dont M. Sarkozy vient d'être l'objet doit beaucoup à la capacité qu'il a eu de rassurer les Français, et en particulier les plus âgés et les plus conservateurs, par un renforcement des dispositifs policiers et la publication de statistiques faisant état d'une certaine baisse de la criminalité au cours de son mandat en tant que ministre de l'intérieur. Sa politique économique en tant que président de la République pourrait bien conduire maintenant à une aggravation de la criminalité – et de la répression.

Pour s'en convaincre, il n'est pas inutile de se souvenir de l'exemple du Royaume-Uni du temps de la première ministre Margaret Thatcher. Selon les UK National Statistics, le taux de délits en Angleterre et au Pays de Galles a fait plus que doubler entre 1977 et 1992, date où il a atteint un sommet, avec 109 délits pour 1 000 habitants. Or, Nicolas Sarkozy a beau vouloir faire du premier ministre britannique Tony Blair son modèle, il ne peut oublier que la politique de celui-ci n'est qu'un aménagement et une atténuation de la politique de démantèlement de l'Etat-providence mise en oeuvre par Mme Thatcher. Quoi qu'il en dise, s'il veut fabriquer une nouvelle génération de richissimes en France et faire de l'enrichissement le nouveau Graal de tous les Français, Nicolas Sarkozy devra mener une politique à la Thatcher avant qu'une politique à la Blair ne devienne possible. Ne fera-t-il pas alors monter mécaniquement le niveau de la délinquance dans toutes les couches de la société ?

Travailler plus pour gagner plus ? Ou bien tricher plus pour gagner plus ? C'est la question sociale des temps qui s'ouvrent.

MICHEL VILLETTE

Michel Villette est professeur de sociologie à AgroParisTech et chercheur associé au Centre Maurice Halbwachs, EHESS, Paris.

LE MONDE / 13 juin 2007
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Souricette
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MessageSujet: Re: Gagner plus, oui, mais à quel prix ?   Dim 15 Juin - 13:46

Travailler plus ? Je suppose que celui qui scande ce slogan est un modèle en la matière ? Or, quand on le voit, on n'a vraiment pas l'impression qu'il travaille, mais plutôt qu'il s'agite. Je préfère 8 heures de travail intensif et intelligent, que 23 heures d'agitation et une heure de coke. Et puis, lui, il n'a pas l'air de travailler le dimanche : il le passe dans les allées du parc de Versailles ou à Disneyland. Et il lui reste suffisamment de temps pour mettre dans son lit tout le PAF et une partie de Matignon.
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