Souricette Fondateur


 Age : 36 Inscrit le : 07 Fév 2006 Messages : 1283
| Sujet: Le journal de 20 heures Dim 15 Juin - 9:12 | |
| "Les Dogmes seraient peu de chose s’il n’étaient promus par de puissants outils tels que l’école et surtout les médias... Les Médias… garant de la démocratie et des libertés ? Encore une vérité indiscutable ! Pourtant, que ce soit dans les dictatures (ou ils sont la voix du pouvoir en place), ou dans les démocraties (ou la course à l’audience les entraîne sur la dangereuse pente de la démagogie et du sensationnalisme qui les transforme de plus en plus en acteurs de la société du spectacle assumant des fonctions de divertissement, voire de diversion), les médias sont le principal vecteur de la stérilisation de «l’originalité intellectuel» au profit d‘une pensée uniforme. Selon Pierre Mellet, le «20h», principale source d’informations d’une grande partie des Français, n’a pas pour fonction d’informer, (au sens de dégager une tentative de compréhension du monde), mais de divertir les téléspectateurs. Tout est en place pour le spectacle : le présentateur inamovible, ou presque, le ton emprunté, sérieux, distant, presque objectif, mais jamais véritablement neutre, les images choisies, la hiérarchie de l’information… Le présentateur, personnage principal et transcendantal, se trouve au cœur du dispositif de crédibilité du 20h. C’est par lui que l’information arrive, par lui qu’elle est légitimée, rendue importante et donnée comme « vraie ». Par lui également que le téléspectateur peut être rassuré : si le monde va mal et semble totalement inintelligible, il y a encore quelqu’un qui « sait » et qui peut nous l’expliquer. Sa crédibilité n’est pas basée sur sa qualité de journaliste, mais sur son charisme, sur l’empathie qu’il sait créer, sa manière d’être rassurant, et sur son apparence d’homme honnête et intelligent. Peu importe qu’un Patrick Poivre d’Arvor montre une fausse interview de Fidel Castro, il n’en perd pas pour autant son statut de «journaliste» et sa crédibilité auprès du public. Tout se passe comme si l’information délivrée n’avait finalement pas d’importance. Elle n’est là que pour justifier le rituel, mais elle n’en est en aucun cas la raison centrale, le cœur, qui se trouve toujours ailleurs, dans le rappel constant des mots d’ordres moraux, politiques et économiques de l’époque. « Voici le Bien, voici le Mal », nous dit le présentateur.
Ce qui est dit une fois en guise d’introduction est systématiquement répété ensuite dans le reportage. Ce sont les mêmes informations qui sont énoncées, la première fois résumées, et la seconde fois étendues pour l’élaboration de l’histoire contée. Le reportage ajoute très peu de chose à ce qu’à déjà dit le présentateur, tout juste développe-t-il les détails anodins qui contrebalancent «l’objectivité» du présentateur en créant de la «proximité». Aux éléments de départ, trouvés dans le lancement, s’ajoutent ensuite à l’histoire les petits détails romanesques nécessaires à son instruction ludique. Le reportage est constitué de deux choses : l’image et son commentaire. Or, si l’on coupe le son, l’image ne signifie plus rien. Alors même que tout devrait reposer sur elle, c’est l’inverse précisément qui se produit à la télévision : le commentaire raconte ce que l’image ne fait qu’illustrer. Cette dernière n’est là que comme faire-valoir. C’est une succession de paysages semblables, de visages et de gestes interchangeables, collés les uns à côté des autres, et sans lien entre eux. À la télévision, l’image ne sert qu’à justifier le commentaire, à l’authentifier. Elle lui permet d’apparaître comme «vrai». Et elle le lui permet précisément parce que ne disant rien par elle-même, le commentaire peut alors la transformer en ce qu’il veut, et c’est là le principal danger de ce media. (Ndlr : Rappelez vous des «charniers de Timisoara» ! Les cadavres, dont les images avaient fait le tour du monde, avaient en réalité été sortis de la morgue d'un hôpital local; ils étaient issus du fonctionnement habituel de l'établissement, mais avaient été présentés comme le résultat des tortures et massacres du régime roumain en place». L’image possédant une force de conviction très importante, le consentement est d’autant plus simple à obtenir une fois que vous avez dépouillé l’image de tout son sens et l’avez transformée en preuve authentifiant votre discours. Tout repose donc désormais sur le commentaire, et sur la vraisemblance de l’histoire qui va nous être racontée. La signification n’est pas à trouver dans la scène mais hors d’elle, prononcée par quelqu’un qui sait. Le « reporter » n’apparaît que très rarement à la fin de son reportage. Nous entendons donc une voix « off ». C’est une parole divine qui s’impose à nous pour nous expliquer ce que nous ne pourrions comprendre en ne regardant que les images. Il n’y a pas d’interlocuteur, donc pas de contradiction. Le reportage est un fil qui se déroule suivant une logique propre, celle que le journaliste veut nous donner à apprendre, où les «témoins» ne se succèdent que pour accréditer la parole qui a, de toute manière, déjà dit ce qu’ils vont nous expliquer. Comme avec le lancement, la redondance est omniprésente dans le reportage. Bien souvent, le «témoin» n’a strictement rien à dire, mais va le dire tout de même, le journaliste devant faire la preuve de son objectivité et de l’authenticité de son reportage, de son enquête, en démontrant qu’il s’est bien rendu sur place et qu’il peut donc nous donner à voir ce qui est. Le reportage, au journal télévisé, n’est pas la réalisation d’une enquête contradictoire qui explore différentes pistes, mais le récit d’un fait quelconque montré comme fondamental. C’est une vision du monde sans alternative, qui tente d’apparaître comme purement objective. Si le présentateur dit ce qui est, le reportage, lui, le montre. Et c’est précisément là que l’image pêche par son non-sens, et que le commentaire semble devenir parole divine. «Voici le monde», nous dit l’un, «et voilà la preuve», poursuit le reportage. Et comment contester la preuve alors qu’elle nous est présentée, là, sous nos yeux ébahis ? La réalité se construit sur l’anecdote, et non plus sur un ensemble de faits plus ou moins contradictoires qui permettent de regarder une situation dans une tentative de vision globale pour pouvoir ensuite en donner une analyse. Tout cela se rapporte à la logique de diffusion de la morale. Le journal télévisé, comme la quasi-totalité des médias, est un organe de diffusion des mots d’ordre de l’époque. Il ne discute jamais le système, il ne semble d’ailleurs même pas connaître son existence, mais diffuse à flux tendus la « parole divine de la pensée unique». Le 20h, issu d’une société où la mémoire a été détruite, transmet les mots d’ordre, comme pour tout conditionnement, par la répétition permanente et quotidienne. Les histoires racontées semblent toutes différentes, quand bien même elles sont finalement toutes semblables. Tout y est répété, soir après soir, constamment, et à tous les niveaux. Seuls les noms et les visages changent, mais le film, lui, reste toujours identique. Le journal télévisé diffuse donc la morale ambiante et l’on trouve toujours les mêmes procédés… telle « l’accusation » : un gouvernement refuse de se plier aux injonctions occidentales, et c’est une dictature, un pays sous-développé où la stupidité se mêle à la barbarie, et mieux encore, où la censure bâillonne tous les opposants, qui sont eux nécessairement d’accord avec le point de vue des occidentaux mais ne peuvent pas le dire. L’exemple de l’affaire Ingrid Betancourt est symptomatique : Le Président de la Colombie Álvaro Uribe et son gouvernement, (l’une des très rares démocraties d’Amérique Latine) a été violement critiqué en France pour son manque de «souplesse et d’ouverture» envers les FARC. Peu importe que 81 % des colombiens enquêtés approuvent la gestion du président Uribe et que les FARC soient des terroristes (et les tortionnaires de Mme Betancourt), lorsque Raúl Reyes, le n°2 des FARC (recherché par Interpol pour 14 condamnations et 121 inculpations pour crimes contre l’humanité tels que massacre, homicide, kidnapping, terrorisme, crime organisé…), est abattu dans un « accrochage » avec l’armée régulière, le « 20H » utilise le terme lourdement connoté, (car renvoyant au droit pénal), «d’assassinat»… Le « salaud » n’est donc plus le terroriste abattu, mais le Président colombien. Il s’agit donc toujours de trouver quelqu’un à vouer aux gémonies pour rappeler ce qui est «bien» et ce qui est «mal» selon les critères (généralement erronés) de la «bien pensance». Ou encore « l’évidence« qui est particulièrement utilisée pour régler sans discussions les questions économiques, elle consiste à diffuser les dogmes sans jamais les remettre en question. C’est par exemple le cas du cours du pétrole, dont le prix du baril est passé de 60 à 100 $, qui est mis en avant pour justifier la hausse du prix du carburant à la pompe. Cela en omettant de préciser que durant la même durée le cours de l’Euro est passé de 1 $ à 1,6 $, annihilant pour l’essentiel cette hausse du carburant. Alors que les taxes gouvernementales sur les carburants (les plus élevées au monde) qui confinent au vol pur et simple ne sont jamais discutées. Autre procédé : « l’hagiographie«. Comme à la messe, le journal télévisé a ses saints à mettre en avant. C’est le portrait de quelqu’un qui vient de mourir, et se trouve de ce fait paré de toutes les vertus… Il est érigé en modèle à suivre parce que son exemple est conforme au « canons idéologiques actuels«. Ou, encore, la mise en avant de la fatalité. Les événements arrivent par un malheur contingent, un hasard distrait. Elle permet de ne rien avoir jamais à justifier puisque nous sommes toujours « dépassés » (la mondialisation, le chômage, la délinquance, etc.). Il y aurait beaucoup a dire sur les déviances des médias, cela dépasserait le cadre du présent article. Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, nous vous livrons en vidéo le cours de Pierre Bourdieu : "
Voir le cours de Pierre Bourdieu (54mm) en vidéo..
A lire : Pierre Bourdieu, Sur la télévision Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle _________________ Je chante clair pour qu'il fasse clair. (E. Rostand, Chantecler)
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